Interview Mel Pritchard
5 Septembre 2002
La dernière interview de Mel, elle a été
effectuée par Keith Domone et traduite par David Saingery. Elle se trouvait dans le
programme de la tournée de Barclay James Harvest Featuring Les Holroyd.
Comment allez vous ?
Bien. Je suis bien dans mes pompes. Je me prépare pour le tour et tout le reste. Ce sera
agréable d'embarquer à nouveau. Les gens avec qui nous travaillons sont super, je suis
vraiment impatient de commencer.
A quoi avez vous été occupé entre les albums River Of Dreams et Revolution
Days ?
Vraiment, à rien ! Je rangeais simplement tout mon fourbi, qui était stocké à
Birmingham mais aussi un peu partout ailleurs. Maintenant, tout est ici. Je
n'ai rien fait car j'attendais de voir ce qui se passerait. Les et moi nous sommes
rejoint, et ça a été un peu comme : "Bon, allez, on y va !" et les
choses se sont faites comme ça, bille en tête, comme si rien n'avait changé. Non pas
que ce soit de la faute de quiconque. Cela allait de soi. "Bon, on y va, c'est le bon
moment".
Etait-ce bon de retrouver le studio ?
Bien sur. C'était d'avantage l'affaire de Les, puisque ce sont ses chansons. Ce qu'on
faisait avant, c'est qu'on les jouait toutes, puis on choisissait les chansons avec
Martin, et on les retravaillait, au niveau des sons et du reste. Cette fois, Les est
arrivé avec un matériel fini, on n'a eu qu'à le jouer comme il l'avait décidé.
C'était vraiment comme au bon vieux temps, plutôt que de perdre du temps à
pinailler sur tel ou tel choix. Vraiment, c'était bon de reprendre le travail, et
c'est encore meilleur de jouer en public, c'est mon truc, de tout façon.
Est-ce difficile de jouer avec cinq "nouveaux" musiciens au sein du groupe ?
Ce sont tous des intermittents, basiquement des musiciens de studio. C'était bien de
retrouver Colin, parce qu'on sait comment chacun fonctionne, et
objectivement, Les à la basse et moi à la batterie, c'est un duo rodé. Donc
c'était bien, et bien aussi d'entendre d'autres musiciens, parce qu'on
y récolte tant de choses nouvelles... J'en arrive à dire que cela change de la
manière formelle qu'on a de faire les choses, et je pense, quoi qu'il en soit, qu'un
remaniement est toujours positif. Cela vous amène à penser sur une autre longueur
d'onde.
Comment était le concert de Colmar ?
Je l'ai beaucoup apprécié. ça fonctionne, en concert. Souvenez vous que cela faisait un
bon moment que je ne n'avais pas travaillé. Je pense que le nouveau matériel a très
bien été intégré. Il y a toujours le problème de mixer nos vieux titres avec les
nouveaux, on n'a pas envie que le public pense qu'on veut le matraquer avec
le nouveau matériel, alors qu'il demande à écouter tous les classiques. Je
pense que c'était équilibré, si on considère qu'il y avait, quoi, quatre nouvelles
chansons, et que les changement dans le groupe n'étaient pas soulignés, c'est
toujours "Barclay James Harvest", que ce soit "through The Eyes Of" ou
"Featuring"... Si on considère ce que le groupe a été, malgré tous ces
chambardements, je pense que cela fonctionne vraiment bien.
C'est toujours difficile de trouver un équilibre, n'est-ce pas, entre ancien et nouveau
matériel ?
Cela faisait longtemps qu'on n'avait pas repris la route, aussi. A l'époque où
nous partions en tournée tous les ans, on avait acquis une sorte de sixième
sens pour ça, d'une manière ou d'une autre. C'est difficile à expliquer, vraiment, mais
il y a quelque chose de nouveau. Le nouveau matériel vient évidemment de Les, ce sont
ses idées, et on doit les mélanger avec certains de nos anciens titres. Peut
être je m'effraye un peu trop, je veux dire qu'on ne peut pas contenter tout le
monde tout le temps, j'en suis conscient et je me répète, si on considère ce par quoi
est passé le groupe, cela fonctionne vraiment bien.
Reprendrez vous les même titres cet automne ?
Ouai ! J'en ai
parlé avec Les la semaine dernière. Il y a deux titres supplémentaires, et je
pense qu'il y aura un changement dans le tour de chant, mais c'est basiquement le même.
Il y a une chanson de Eyes Of The Universe, "The Song", qu'on avait
l'habitude de jouer n'importe comment. Je l'ai toujours aimée. Je pense aussi que Les
veut en faire une de plus du nouvel album, mais on verra bien. Il y aura certainement moi,
Colin, Les, Ian, le guitariste et l'autre percussionniste.
Vous mentionnez un second percussionniste - Pourquoi deux dans le groupe ?
Je me suis impliqué dans ce choix depuis le début. Les me l'avait demandé et j'ai dit
: "Bien, où que cela nous mène, Les, même si cela doit bousculer nos
habitudes, spécialement celles là, si tu veux, ça ne pourra qu'être créatif et
formateur". C'est formidable de travailler avec un autre batteur, un autre
percussionniste, quoi qu'il en soit. Cela ne me pose aucun problème. C'est un bon
copain, et ça fonctionne entre nous. Il est un peu plus jeune, ce qui amène de nouvelles
idées. Sur des albums comme Victims, il y a des percussions, en particulier un jeu de
bongo, qui ont été faites par Frank Ricotti. J'admets volontiers ne pas
être un spécialiste du conga bongo, c'est pourquoi il est venu et a joué la
partition. Cela n'a posé aucun problème. En vieillissant, je deviens un peu plus
coulant, je suppose. Il est jeune, bien sûr, et ça fait un bel équilibre entre
les coups traditionnels, miens inclus, et ceux du nouveau cru.
Il y a un moment, Les a dit qu'il devrait vous demander de prendre une guitare acoustique
et de jouer en public. Peut on espérer vous voir jouer un rôle plus proéminent ?
Et bien, c'est une des choses dont on avait parlé. Je peux plaquer une ou deux notes sur
une guitare acoustique. Je ne suis pas un grand guitariste, même dans mes rêves les plus
fous, mais je peux certainement gratouiller en rythme et dans l'esprit de la
chanson. Voilà l'idée. C'est sûr que ma guitare est prête, accordée et tout le
tintouin, donc je suis paré. Ce serait sympathique, pour moi - je suis resté tant
d'années derrière la batterie. Je pense bien mériter au moins une semaine de retour
dans le monde réel ! Ca pourrait être amusant. J'ai bien une paire
de jambes, après tout ! Tu sais, quand on arrive à mon age, si j'attends trop,
je serais contraint d'avancer avec trois auxiliaires, trois infirmières pour
m'assister, donc je veux y aller avant que mes jambes ne me lâchent !
Quel kit de batterie utilisez vous en public ?
Celui que j'utilise est le Roland SP8. J'avais pensé prendre le nouveau Q, mais ce que
j'obtenais déjà était bon, et il y a quelques sons de batterie qui font vraiment
analogique. Il y a des sons particulièrement étincelants, tels qu'ils apparaissent sur
l'album qu'on a fait avec Les. Ce n'est pas trop électronique, alors que les albums
d'avant, River Of Dreams et Caught In The Light, ont été entièrement fait avec un
kit électronique.
Aviez vous toujours l'envie de revenir à un kit acoustique ?
En fait, oui. C'est beaucoup plus facile de pratiquer sur un kit électrique. J'aime
toujours jouer acoustique, C'est simplement ça, je pense, que si on n'avait pas fait ces
deux albums avec Martin (Lawrence) en studio sur ce Roland, j'aurais pu l'envisager.
L'autre aspect, c'est qu'à moins d'être précis à mort, avec deux batteurs sur kit
acoustique, cela peut donner un résultat un peu désordonné. C'est réalisable, bien
sûr, je veux dire que Genesis l'ont fait, mais si vous prenez deux kits acoustiques en
action simultanément, si ce n'est pas fait incroyablement bien accordé, cela peut être
un peu flou. On en a parlé avec Les, et on ne voulait pas vraiment aller dans cette voie.
La dernière chose que l'on voulait était un truc du genre "Mel versus le nouveau
batteur". Avec un peu de chance, cela me permettra d'improviser aux claquettes, ou de
soutenir Les à la guitare acoustique, ou quoi que ce soit d'autre. Les claquettes, c'est
extra, bien sûr, vous aurez deux numéros pour le prix dun seul. Ce ne sera pas
tous les soirs...
Vous avez évoqué tout à l'heure le problème du "Through The Eyes Of" et
du "Featuring". Pensez vous que l'actuelle division de BJH en deux groupes
distincts soit définitive ?
La question se pose en ces termes : Y aura t'il jamais une sorte de réunion ? On
ne peut jamais dire jamais, mais en toute honnêteté, je ne le pense pas.
Chacun a ses propres raisons, qu'on ne peut saisir en un instant, mais je pense que la
divergence dans les orientations de chacun, au fil du temps, ne pouvait que rendre
souhaitable une séparation. Ce n'est pas comme un divorce, bien que cela y ressemble.
C'est juste que l'on voit les choses différemment. Evidemment, je vois ce que fait
John actuellement, et évidemment, je peux percevoir ce qui l'influence et comment
cela se structure. Je connais Woolly et je connais John, alors que ne pense que cela
pourrait marcher encore. Je ne vois pas de quelle manière cela pourrait se
raccommoder vraiment, et même si cela sonne comme un affreux "c'est la fin",
c'est comme ça que je voix les choses.
Avez vous alors quelque regret de ne pas apparaître sur l'album de John et Woolly ?
Question difficile. Evidemment, c'est triste. J'aime travailler avec John, mais
j'aime aussi travailler avec Les. Par contre, je n'ai pas joué avec Woolly depuis des
lustres, et je n'ai pas la moindre idée de ce que cela pourrait donner, mais je présume
qu'il n'a pas changé. C'est malheureux de devoir choisir un camp, parce que je ne suis
jamais très virulent quand il s'agit d'exprimer une opinion, mais cela a été une
obligation. Pour répéter, Les et moi avons toujours été liés, de même que je l'ai
été avec John, mais sans doute parce que nous jouons lui de la basse et moi de la
batterie, nous sommes davantage à l'écoute l'un de l'autre. Je ne le regrette
pas, mais je regrette de ne pas avoir eu d'influence sur les évènements. Dans cette
optique, il était plus facile pour moi d'aller dans cette voie plutôt que dans celle que
John et Woolly avaient choisi. C'est ma façon d'exprimer les choses de la meilleure
manière qui soit, c'est ainsi que je les vois.
Bien sûr, on doit
se souvenir de ce que l'on a fait, parce que c'est un investissement et qu'il y a des
leçons à en tirer pour le futur, mais une fois que c'est arrivé, il n'y a aucun
intérêt à le ressasser, parce que cela ne sera plus jamais la même chose. Mais ce
n'est que mon opinion. Si ce que nous avons fait peut être recréé, grand
bien leur fasse, mais pour moi, c'était seulement en phase avec l'époque, même si
c'était important pour beaucoup de personnes. C'est dans mon caractère, j'ai aimé
chaque minute de cette époque, mais était-ce réellement la chose à recréer ? La
décision d'évoluer et de voir les choses différemment, avec ce nouveau
groupe, cela mexcite. Travailler avec de nouvelles idées et de nouvelles personnes,
regarder ce qui va en ressortir, plutôt, si vous voulez, que de revisiter le passé, ou
tenter de le recréer, ou le faire revivre.
Comment décririez vous l'industrie musicale d'aujourd'hui, comparée à celle de vos
débuts ?
Quand on a commencé, c'était plus expérimental. Si on voulait quelque chose, il fallait
le jouer. Il n'y avait pas d'échantillonnage numérique, et je ne suis pas en train de
dire que c'est mauvais ou quoi que ce soit de ce genre. Mais je ne suis pas heureux
que l'on puisse télécharger le contenu d'un disque depuis internet. D'accord, la
musique devrait être libre, mais nous devrions nous souvenir que les éditeurs et
distributeurs, chaque fois qu'ils réalisaient un succès, répartissaient un
pourcentage des gains obtenus sur des marchés spécifiques comme le jazz et le folk.
Maintenant, il y a une course au profit qui n'a rien à voir avec une quelconque
cupidité de la part des musiciens, et tout ce que cela apporte finalement, c'est qu'un
marché parallèle se développe sur internet, et je ne penses pas que cela soit si
bien que ça. Il ne peut y avoir un si vaste étalage de musique accessible. Je me
rappelle le temps où un éditeur musical vous signait dans un objectif de
carrière à long terme. Maintenant, c'est comme : "Bon, on vous donne deux
singles, et si ça ne marche pas, on ne fera pas d'album". Je suppose qu'on a connu
l'age d'or, pour différentes raisons. On faisait un album, et le second était toujours
considéré comme celui qui serait important. Mais même si cela n'atteignait pas le
niveau escompté, on était quand même autorisé à se développer à son
propre rythme. J'ai juste peur que l'investissement pour les produits les moins
populaires, les moins vendeurs, ne soit réduit à une peau de chagrin, vraiment.
D'une façon ou d'une
autre, l'industrie musicale s'est déshumanisée. Les temps changent, mais c'est de
beaucoup l'ère des comptables. Je me souviens du temps où les affairistes sont arrivés,
et je ne pensais déjà pas que cela pourrait amener quoi que ce soit de bon pour
l'industrie musicale. D'accord, on ne peut pas continuer indéfiniment sans profit, on le
sait tous, mais je pense que l'on ne voit plus qu'à très court terme. Le point
positif est la tradition de grands musiciens que l'on a dans ce pays, qui comptent
dans la vie des gens. Ces idoles populaires et tout le reste, cela garantie encore des
ventes avant même la mise en rayon des disques, qu'importe le vainqueur ou le second.
C'est sûr, les compagnies de télévision sont contentes parce que les gens regardent
leurs programmes qui vantent les mérites de Persil ou n'importe quoi d'autre, alors ceux
qui distribuent, l'agence ou les managers, savent qu'ils touchent du monde pour
leur produit, mais c'est une vue à court terme. Je n'aime pas ça, mais je viens d'une
époque différente. Je peux voir la poigne de fer d'un comptable derrière tout ça, et
ça laisse un goût amer dans la bouche, j'en ai peur.
Quel est le dernier
album que vous ayez acheté ?
C'est un achat de mon ex-amie, c'était le dernier Steely Dan, celui où ils sont
réunis, et elle l'aimait à un point que j'ai jamais vu. Celui là et le Best
Of the Eagles. Je suis allé les voir à Birmingham, et c'était vraiment bien. J'étais
allé voir Steely Dan juste avant. Je dois dire que j'irai volontiers voir des groupes
comme Toto. Je ne sais pas si c'est très sain. Pink Floyd, ce genre de musiques. Celui
que je veux acheter, c'est l'album de Norah Jones, la fille de Ravi Shankar. C'est
délicieux, très mélodieux, et ce sera mon prochain achat si jamais il parvient dans
cette partie du monde...
BJH a la réputation de ne pas se comporter comme un groupe rock and roll en
tournée - ni sexe, ni drogue, ni équipée sauvage. Qu'en est-il vraiment ?
C'est la vérité vraie. C'était très calme. D'accord, nous avions nos moments d'accès
de fièvre, mais rien de grave. Il y a eu de bons moments avec les équipes de
tournée la nuit tombée, on a eu notre lot de bons moments, mais rien à voir avec le
sexe, la drogue et le rock and roll. S'il y en a eu, je n'en ai aucun souvenir.
C'est ce qu'on m'a dit, comme quand j'étais adolescent, que c'était le
bon temps.
De toutes ces années avec BJH, Quelle est la chose la plus amusante qui vous soit
arrivée ?
C'était au cours de la tournée en Afrique du Sud. On faisait partie d'une troupe avec un
orchestre. On a joué "Dark Now My Sky" avec le speech habituel de
Woolly, à la façon de Laurence Olivier, sur un fond de violoncelle morose et
tout le saint frusquin. Dieu l'aie en sa sainte garde, il y avait trois
violoncellistes sensées souligner le propos, je pense, mais il n'y en a eu qu'une qui a
commencé, et elle a joué le morceau deux fois trop vite. Plutôt que d'être
sombre et maussade, martelé par la force du destin, ça a été comme cette foutue
parade du 14 juillet. Je me souviens de Woolly sur le point de glisser derrière son
Mellotron, en étouffant à grand peine un gigantesque éclat de rire. A double vitesse...
On aurait dit une foutue fanfare. "Houlà, on recommence depuis le début".
C'en est une autre, mais on remet çà, c'était un de nos premiers tours en Allemagne, on
arrivait à l'hôtel quelque part, et on nous disait "Non, vous n'êtes pas
attendu ici ce soir", et la nuit tombait. On commençait à être à bout de nerfs,
et cela finissait par être palpable. Quand on s'est partagé les clefs des chambres, on a
donné à Woolly le mauvais numéro, sans le faire exprès, bien sûr. Il est revenu nous
voir, et on a tous repris l'ascenseur. Au même moment, un réparateur quelque part a
coupé le courant sur le tableau électrique relié à l'ascenseur. A ce stade, appuyer
sur le bouton 1 nous amenait au quatrième étage. Notre excursion était devenue
complètement aléatoire. Ce n'est que plus tard que l'on nous a découvert, assis dans la
cabine, et je me souviens de ces gens qui nous regardaient avec leurs airs de "Mais
qu'est-ce qui arrive ?". Cela devait être quelque peu rock and roll, je suppose,
encore que bien inoffensif.
Merci beaucoup, et à bientôt sur le tour...
D'accord, je vous y attends. Et bonjour à tout le monde.
Merci encore à Keith pour son travail et à David qui a passé une bonne partie de sa
nuit à traduire ce texte.
C'est un petit hommage
à Mel pour lui dire que nous pensons à lui et que nous ne l'oublierons pas.
Au revoir, Mr Pritchard. |
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Photos: Live in Bonn |